Avant Projet de Loi sur les Hydrocarbures

A l'occasion du 3éme Forum de l'université de Constantine


Discours du

Docteur Chakib Khelil,
Ministre de l'Energie et des Mines,


Constantine, 24 Decembre 2002

Monsieur le Wali,

Monsieur le Recteur de l'Université Mentouri,

Monsieur le Président du Forum,

Mesdames, Messieurs,

Qu'il me soit permis tout d'abord de remercier Monsieur le Sénateur, le Docteur Boudjem a HAICHOUR et Monsieur Ammar SAIDANI, Coordinateur National des Associations de Soutien au Programme du Président de la République, d'avoir pris l'heureuse initiative de l'organisation de ce Forum consacré à  un thème aussi vital pour l'avenir de notre pays. Initiative qui me fait l'honneur d'être parmi vous aujourd'hui pour prendre part à  ce " débat citoyen et pluriel dans l'intérêt suprême de notre pays " selon les propres termes de l'invitation qui m'a été gentiment adressée.

Je tiens à  saluer également Messieurs les élus, Messieurs les représentants du Mouvement citoyen à  travers ses différentes organisations, et Messieurs les représentants du Patronat et du Syndicat.

Mesdames, Messieurs,

Gouverner c'est prévoir ! Les enjeux et les défis de la mondialisation s'inscrivent dans des tendances lourdes qui imposent aux Etats-nations des capacités d'anticipation liées à  des capacités d'adaptation. La survie est à  ce prix dans le monde impitoyable oû nous vivons.

En parlant de survie on ne peut s'empêcher de penser à  la disparition de certaines espèces qui ont marqué l'histoire de l'humanité. Le naturaliste Charles Darwin observait que les espèces qui ont survécu le doivent beaucoup plus à  leur capacité d'adaptation qu'A la valeur de leur force physique ou de leur intelligence.

D'un autre côté, anticiper sur les événements c'est être en mesure de parer aux menaces futures en préparant l'avenir pour ne pas avoir à  le subir. C'est dire qu'en matière de politique énergétique notre pays se trouve de nouveau à  la croisée des chemins. Il doit tirer profit des opportunités offertes par la globalisation tout en se préservant de ses effets pervers.

Les visions passéistes et les approches dogmatiques ont toujours été démenties par les évolutions scientifiques et techniques. Parlant du risque d'épuisement des ressources pétrolières et des perspectives de leur renouvellement par d'autres formes d'énergies, le Cheikh Zaki YAMANI répétait souvent que : " L'homme n'est pas sorti de l'Âge de pierres parce qu'il n'y avait plus de pierres, mais parce qu'il avait découvert le bronze ".

L'évolution de plus en plus rapide des progrès scientifiques et techniques permet de prédire que si demain le monde sort de l'ère des hydrocarbures ce n'est pas parce qu'il n'y aura plus de pétrole mais parce qu'il y aura d'autres solutions énergétiques plus rentables. L'exemple de l'Uranium dans l'ancienne loi des mines est édifiant à  cet égard. Considéré comme produit stratégique en son temps, il ne l'est plus aujourd'hui. Cette politique d'attente n'a profité ni à  notre génération ni à  celles qui vont nous suivre.

Ceci nous conduit déjA à  relativiser la préoccupation, certes légitime, exprimée par certains sur le rythme d'épuisement des réserves et sur la notion, qu'elle induit, de constitution de réserves stratégiques au regard des besoins des générations futures notamment.

Pour que ce souci de préservation soit opérationnel et réponde pleinement à  sa finalité, il doit tenir compte, par ailleurs, de deux considérations essentielles :

  • La première concerne la connaissance précise de nos réserves exploitables alors que notre domaine minier en hydrocarbures, pourtant très prospectif reste largement sous-exploré. Or, à  l'inverse du Koweït et de l'Arabie Saoudite par exemple, le niveau réel de nos réserves, ne peut être appréhendé qu'A partir de travaux de prospection-exploration qui coûtent cher et font appel à  des techniques de plus en plus sophistiquées. Le programme de prospection à  entreprendre chez nous est d'autant plus important que notre moyenne de forages d'exploitation est très faible, avec 8 puits / 10.000 Km2 alors que la moyenne mondiale est de 100 puits / 10.000 Km2, et de 50 puits si on exclut les U.S.A.
  • La deuxième considération concerne les méthodes et les moyens qui contribuent directement ou indirectement à  l'amélioration du niveau des réserves récupérables (déjA développées) qui ne sont pas fixes. Elles portent tant sur les techniques de récupération assistée qui augmentent les taux de récupération du pétrole (récupération secondaire et tertiaire), que sur les méthodes qui améliorent l'efficacité énergétique au niveau de l'utilisation finale de l'énergie. Ces programmes d'économie d'énergie impliquent de leur côté une politique des prix adéquate et l'usage de technologies adaptées à  une meilleure utilisation de l'énergie comme l'a démontré la société ISPAT à  Annaba.

Dans les deux cas l'apport extérieur de capitaux, (qui dépasse nos moyens actuels) et de techniques d'avant-garde est incontournable. Le projet de loi sur les hydrocarbures élargit justement les perspectives dans ce domaine par la création de conditions mieux adaptées à  un accès plus large aux investissements et technologies étrangers. Tout en sachant que nous sommes confrontés à  une sévère concurrence internationale tant en matière d'appel à  l'investissement direct étranger qu'A la conquête de nouveaux marchés pour nos hydrocarbures.

Le problème posé est donc de trouver la meilleure voie possible pour faire augmenter et fructifier, au mieux de nos intérêts actuels et futurs, nos ressources en hydrocarbures à  partir d'une politique économique favorisant la croissance et la création d'emplois et une meilleure distribution de la richesse nationale entre les citoyens. Notre objectif ultime pour préserver le long terme est d'utiliser, en fin de compte, le pétrole pour préparer un développement durable et soutenu.

Il faut en d'autres termes augmenter les ressources de notre pays pour qu'il renoue avec une croissance forte et durable afin de résorber en particulier le lancinant et douloureux problème du chômage, et le faire passer, à  terme, d'une économie rentière à  un système productif auto-entretenu. Ce faisant il n'est pas question d'exploiter nos réserves d'hydrocarbures d'une manière " effrénée ". Les dispositions du projet de loi sont très claires et très contraignantes à  l'encontre des opérateurs pétroliers contrevenants. C'est le rôle de l'une des nouvelles agences publiques de veiller à  l'optimisation de la production des puits.

Dès lors la question est simple : faut-il léguer aux générations futures des ressources brutes non encore découvertes et prendre donc le risque déjA pris avec l'Uranium ou des ressources financières qui permettront le développement d'un système productif durable qui les sort de l'économie rentière pour qu'elles puissent s'affirmer pleinement, c'est à  dire souverainement, sur la scène internationale ? Le choix du deuxième terme de l'alternative relève de l'évidence.

Ces considérations d'ordre général font partie des raisons qui fondent la nouvelle politique énergétique et minière dont les objectifs sont définis dans le Programme du Gouvernement.

Comme on le voit il ne s'agit ni de dilapider nos ressources naturelles, ni de porter atteinte à  notre souveraineté nationale, ni de privatiser la SONATRACH, et encore moins de " licenciements massifs " dans le présent ou le futur.

Mesdames, Messieurs,

Le projet de loi sur les Hydrocarbures, objet d'études de votre Forum, est inscrit dans le Programme des deux Gouvernements constitués depuis décembre 1999. Encore une fois je vous félicite Monsieur le Président de l'avoir retenu comme thème de débat.

Dans son chapitre consacré au secteur de l'énergie et des mines ce Programme du Gouvernement préconise de rendre à  l'Etat son triple rôle de propriétaire du domaine minier, de promoteur des investissements, et de protecteur de l'intérêt public afin de permettre notamment à  l'opérateur pétrolier SONATRACH S.P.A de mieux se consacrer à  ses métiers de base et à  ses activités commerciales.

Il est par ailleurs spécifié dans ce programme adopté par le Parlement, que : " le Gouvernement procédera au parachèvement du dispositif législatif, réglementaire et institutionnel, dont notamment la loi sur les hydrocarbures, l'ouverture de l'aval pétrolier, de la distribution de l'énergie et des produits pétroliers, la transformation des demi-produits de la pétrochimie, l'accélération des opérations de promotion des investissements nationaux, des investissements en partenariat et des investissements directs étrangers en matière d'hydrocarbures, d'énergie et de petites et moyennes mines ". (Programme adopté par l'A.P.N le 27 Juillet 2002, page 67 de la version française).

C'est dans ce même cadre d'ailleurs qu'ont été déjA adoptées, la loi sur les mines qui a été promulguée en juillet 2001 et la loi sur l'électricité et la distribution publique du gaz promulguée en février 2002. Il importe de préciser que même si le secteur des mines n'a pas l'importance économique des hydrocarbures, ces deux secteurs sont similaires et concernent le même domaine minier national, et leur réorganisation repose sur les mêmes principes.

Dans les deux cas en effet l'Etat reste, conformément à  notre Constitution et en toutes circonstances, propriétaire du domaine minier. Seules les quantités de minerais ou d'hydrocarbures extraites et les droits liés aux titres miniers, de recherche et d'exploitation de ces produits ont un caractère commercial.

Mesdames, Messieurs,

Pourquoi une nouvelle loi maintenant ? A deux reprises déjA , en 1986 et en 1991, l'Algérie a su faire évoluer sa législation pétrolière pour l'adapter à  un environnement mondial en pleine mutation. La scène énergétique mondiale ne cesse d'évoluer depuis cette dernière date au rythme soutenu de la globalisation des échanges, des profondes mutations des marchés énergétiques, et des changements géopolitiques qui restructurent les relations internationales. Face à  cette situation qui ne ménage ni les faibles ni les imprévoyants de nombreux efforts d'adaptation s'avèrent indispensables. Il faut les engager sans plus tarder.

C'est à  cette nécessité d'ordre général que répond d'abord ce projet de loi qui s'insère dans le prolongement des aménagements antérieurs de 1986 et 1991 et qui ont atteint maintenant leurs limites. La question qui se pose dès lors est de se demander quelle est la nature particulière de ces limites :

  • Il y a d'abord l'inadéquation du système légal et réglementaire actuel par rapport au Programme du Gouvernement. Il y a ensuite le système fiscal à  repenser pour le rendre plus flexible et plus attractif à  l'égard des investisseurs étrangers tout en améliorant les revenus de l'Etat tirés des hydrocarbures ; il y a enfin la nécessité de codifier les appels d'offre à  la concurrence pour de meilleurs gains pour l'Etat.
  • L'analyse des éléments pertinents du projet de loi vous seront fournis par des cadres et des experts du Ministère de l'Energie et des Mines et de la SONATRACH dans le cadre de 5 exposés techniques prévus à  cet effet.

Mesdames, Messieurs,

Comme je me trouve devant un parterre composé surtout de spécialistes et d'universitaires je voudrais vous commenter maintenant pour éclairer vos travaux, un certain nombre de points qui ressortent souvent dans les questions qu'on nous pose depuis plus de deux ans.

Développement des réserves et attractivité des territoires. Le volume des réserves découvertes, tant pour le pétrole que pour le gaz naturel, durant ces dernières années au niveau mondial ont plus que compensé leur consommation. Les problèmes majeurs qui restent posés pour tous les pays est l'attraction de capitaux pour développer ces réserves et les mettre à  la disposition des marchés sur une base concurrentielle. l'Algérie, à  l'inverse du Koweït et de l'Arabie Saoudite, doit aussi découvrir avant de pouvoir développer de nouvelles réserves et ainsi se positionner sur le marché des hydrocarbures.

Ces éléments conjugués avec la demande croissante en capitaux des pays producteurs pour financer, tout comme nous, leur développement interne, susciteront une concurrence accrue pour des parts de marché et à  laquelle nous faisons face déjA sur le terrain. Bien sur une coopération entre tous les pays producteurs reste un élément crucial, mais non suffisant, de notre stratégie pour assurer à  notre pays la part qui lui revient dans la satisfaction de cette demande mondiale en hydrocarbures.

Il faut donc mettre tous les atouts de notre côté pour assurer à  notre pays les ressources financières nécessaires à  son développement, en attendant que les réformes puissent nous permettre de réduire notre dépendance du secteur des hydrocarbures qui restera marqué, par une grande volatilité des prix du pétrole sur le marché international.

Quid du système de concession et du système de production ? Les futures relations prévus par le projet de loi avec les opérateurs dans le domaine de l'exploration/production ne sont pas basées sur un système de concession. Seul le transport par canalisation fera l'objet d'octroi de concession car cette activité qui s'apparente à  un monopole naturel doit être régulée.

Les relations définies par le projet de loi sont fondées sur un système permettant de responsabiliser le contractant, qu'il soit algérien ou étranger, en le rendant directement sujet fiscal.

Certes, le système de partage de production a eu du succès en son temps, mais il est évident que la procédure d'appel d'offres , si elle avait été appliquée dans ce système, aurait amené plus d'avantages pour l'Algérie ; en témoignent les conditions obtenues dans les contrats que nous avons signés en 2001 et 2002 en amont et en aval de nos activités gr ce au nouveau mode d'appel à  la concurrence.

Concernant le système de partage de production, ses inconvénients sont de deux ordres :

  • C'est un système qui n'incite pas les investisseurs à  la réduction des coûts puisqu'ils sont remboursés dans l'année sous forme de cost oil (coûts d'investissement et d'exploitation) quels que soient leurs coûts. Par contre, l'avant-projet de loi favorise la réduction des coûts parce que la taxe sur le revenu pétrolier, principale source du nouveau système fiscal, ne permet pas de tenir compte des coûts d'exploitation en les déduisant de l'assiette de calcul mais seulement des coûts d'investissement.
  • Le système de partage de production est aussi un système oû le partenaire étranger peut se maintenir en off shore puisque toutes ses obligations fiscales sont réglées par l'entreprise nationale. Le partenaire se contentant de prendre, libre de toutes taxes et impôts au port de chargement, son cost oil (remboursement de ses coûts d'investissement et d'exploitation) et son profit oil (bénéfice).

Avantages du nouveau système fiscal. Le nouveau système rend le sujet fiscal directement responsable du paiement de ses impôts et taxes auprès de l'administration fiscale sans l'intermédiaire qu'est la SONATRACH, comme c'est le cas aujourd'hui. De plus l'Agence de valorisation s'assurera du paiement effectif de ces taxes en coordination avec les services du Ministère des Finances.

Le projet de loi offre des avantages plus incitatifs par rapport à  la loi actuelle gr ce à  :

  • un système fiscal flexible, mieux adapté à  l'économie de marché et compétitif par rapport à  celui de nos concurrents dans la recherche de capitaux à  investir dans les activités d'exploration/production. Le système proposé est moins rigide que le précédent (51%, 49%) et encourage l'exploitation des petits gisements.
  • un mécanisme d'appel d'offre ouvert et transparent qui ne fera qu'extraire plus de rente au profit de l'Etat,
  • des revenus plus conséquents pour l'Etat en cas de prix élevés sur le marché pétrolier ou de découvertes de réserves inattendues.

Le nouveau système comporte par ailleurs, de nombreuses mesures incitatives, parmi les quelles :

  • L'encouragement aux investisseurs de rechercher les hydrocarbures dans les zones éloignées, et de ne pas négliger les petits gisements ;
  • L'encouragement aux investisseurs d'investir en aval (pétrochimie ; raffinage ; centrale électrique ; etc) ;
  • L'incitation de tous les opérateurs à  investir dans les pipelines ; dans l'ancien système seule l'entreprise nationale finançait ce genre d'opération;
  • L'incitation à  la formation des ressources humaines ; etc.

Transparence, rapidité et équité dans les transactions. Si nous avons élevé notre score en terme de contrats signés dans le secteur pétrolier c'est que nous avons anticipé sur les mécanismes contenus dans l'avant projet sans pour cela déroger à  la législation actuelle.

Je dois rappeler que ces succès sont intervenus après une période d'essoufflement constatée dés l'année 1997 date à  partir de laquelle notre pays n'a jamais pu finaliser, en moyenne, plus de 2 nouveaux contrats par an, alors que nous en avions conclu plus de 25 entre 1992 et 1996. Les dix contrats signés pour la seule année 2001 montrent par contre que l'adaptation au nouveau mécanisme a porté ses fruits. Le projet de loi propose d'appliquer ce mécanisme en le consacrant définitivement. La transparence, la concurrence et l'efficacité des transactions d'appel d'offres sont les idées-clés souvent mentionnées par les investisseurs, comme les éléments du succès et qui sont formalisées dans le projet de loi. La perception des investisseurs que celle-ci sera adoptée prochainement est pour beaucoup aussi dans l'attractivité du secteur de l'énergie.

Le projet de loi impose une exploitation optimale des gisements. Si nous visons une augmentation sensible de l'effort d'exploration cela veut dire que nous souhaitons d'abord découvrir de nouvelles réserves avant de pouvoir compenser les réserves consommées par le marché national et l'exportation. Cela ne veut pas dire, comme je l'avais mentionné tout à  l'heure, une exploitation débridée des gisements existants et des gisements que nous découvrirons à  l'avenir.

Les articles 2 et 4 du projet de loi stipulent clairement que la condition sine qua non d'exploitation de nos gisements obéit de manière stricte à  la " Conservation optimale " de ces gisements.

La durée de vie des gisements doit être appréhendée sous un angle dynamique. On peut illustrer cette affirmation par le fait que le plans élaborés entre 1977 et 1979 annonçaient une nécessaire importation de pétrole pour faire "tourner" nos raffineries dés l'année 1995. Ce qui a été démenti par les faits.

Nos efforts de récupération assistée en vue d'assurer une conservation optimale et la relance de l'exploration en partenariat dés l'année 1987, nous ont permis de retrouver, à  peu prés, le même niveau de réserves en 2001 que celui de 1971 (année des nationalisations). On peut aisément imaginer ce qui serait advenu des revenus de l'Etat, ces dernières années, si la sagesse et la perspicacité n'avaient pas prévalu dans l'adoption des lois 86 et 91.

Mesdames, Messieurs,

Les avantages accordés à  la SONATRACH par le projet de loi confortent la position de l'entreprise nationale. Parmi ces avantages on peut énumérer :

  • L'option de participation à  toute découverte déclarée commerciale par un tiers à  hauteur de 30% (équivalent au niveau qu'elle a actuellement dans ses contrats) sans prendre le risque d'exploration et en ne remboursant que le coût du puits de la découverte et des puits d'appréciation des réserves ainsi découvertes. Cette option assure à  Sonatrach d'être présente dans toutes les découvertes réalisées par un tiers (en plus bien sûr de celles qu'elle fera elle-même sur ses propres périmètres qu'elle contrôle aujourd'hui et sur ceux qu'elle obtiendra à  l'avenir).
  • La faculté de garder tous les gisements, les moyens de transport, les installations de traitement et de distribution qu'elle détient aujourd'hui.
  • L'entreprise nationale continuera à  contrôler la majeure partie des hydrocarbures produits en Algérie ; aujourd'hui elle en contrôle plus de 75%, exclusion faite de la part qui lui revient dans les contrats d'association. Gr ce aux permis de recherche déjA octroyés, elle contrôle en outre plus de 43% des périmètres du domaine minier national relatif aux hydrocarbures, et dans lesquels des investissements importants restent à  réaliser qu'elle pourrait entreprendre par ses propres moyens ou en partenariat pour la mise à  jour de nouvelles découvertes.
  • Tout gaz issu d'un gisement découvert par un autres investisseur devra être commercialisé conjointement par Sonatrach et l'investisseur ayant réalisé la découverte. Ceci rentre dans le cadre de la protection du patrimoine national pour cette ressource dont la demande mondiale est appelée à  croître. A ce titre, il y a lieu de rappeler l'interdiction de torchage du gaz contenu dans le projet de loi (Art. 49) et qui est sanctionné par le paiement d'une taxe au cas oû l'opérateur est contraint de le faire pour des considérations techniques momentanées.
  • En cas de découverte d'un gisement commercialement exploitable, elle pourrait faire valoir ce contrat auprès des institutions financières pour obtenir les prêts nécessaires au financement du développement (Project-Financing) sans recourir ni à  la garantie de l'Etat ni même à  la présentation préalable de son bilan. Le project financing est particulièrement précieux en cas de défaillances des autres mécanismes de garantie.
  • L'avant-projet accorde à  Sonatrach les concessions sur les systèmes de transport par canalisation existants (réseau de 14 000 kms). Il confère en outre aux passages de ces canalisations un droit d'expropriation pour utilité publique évitant ainsi à  la Sonatrach d'être exposée, comme c'est le cas aujourd'hui, à  de nombreuses demandes d'indemnisation de la part de propriétaires privés.
  • En fin de compte, Sonatrach gr ce aux contrats qui lui seront octroyés sur ses propres gisements sera en mesure de mieux maîtriser la gestion de ses ressources et de mieux planifier ses activités selon une stratégie librement adoptée dans le cadre de la politique énergétique définie par le Gouvernement et exprimée par son actionnaire l'Etat.
  • En cas de nécessité l'Etat peut enfin à  tout moment financer les opérations de SONATRACH dont il est je le rappelle l'actionnaire exclusif.


Mesdames, Messieurs,

Dans le cadre des Engagements internationaux de notre pays, lA aussi les choses sont claires. Les nouvelles dispositions du projet de loi sont en parfaite adéquation avec nos engagements présents ou futurs, auprès de l'OMC et de l'OPEP et à  l'égard de l'Accord d'Association avec l'Union Européenne.

Adhésion de l'Algérie à  l'OMC. L'adoption du projet de loi ne gênera en aucune manière les négociations de l'accession de notre pays à  l'OMC; bien au contraire il aidera à  renforcer la crédibilité de l'Algérie qui montrera, ainsi, son engagement résolu vers une économie de marché libre, ouverte et compétitive, ce qui renforcera son attractivité.

La libéralisation des prix des produits pétroliers et du gaz naturel préconisée n'est ni totale, ni sans restrictions. Le projet de loi prévoit une mise en place graduelle, évitant toute perturbation pour le citoyen (Art 7). Cet article permet de déconnecter le prix interne de l'énergie des prix pratiqués au plan international tout en permettant à  l'Etat d'allouer des subventions directes et transparentes par le Trésor public aux citoyens démunis et aux régions défavorisées. Des mesures de sauvegarde sont prévues, en ce sens que :

  • La libération préconisée par le projet de loi ne sera obtenue qu'au bout de 5 ans pour les liquides et de 10 ans pour le gaz naturel sur proposition du Ministre chargé des hydrocarbures, à  charge pour le Gouvernement de le soumettre à  l'approbation de l'Assemblée Nationale.
  • La création d'une caisse de péréquation permettra d'avoir les mêmes prix des produits pétroliers, aux consommateurs, sur l'ensemble du territoire national.
  • L'Etat peut imposer à  tout moment un prix administré à  travers une subvention en provenance du Trésor public.

Accord d'association avec l'Union Européenne. Le projet de loi s'insère parfaitement dans l'esprit et la lettre de cet accord d'association que notre pays a déjA signé. La promulgation de la loi sur les hydrocarbures va ainsi renforcer notre crédibilité sur le plan de la coopération internationale.

Notre appartenance à  l'OPEP. Le projet de loi préserve notre autonomie de décision et nos engagements en matière d'action extérieure. Des limitations de production des gisements peuvent être appliquées pour des raisons liées " aux objectifs de la politique nationale énergétique " et par voie de conséquence à  nos engagements internationaux. La répartition équitable de ces limitations, déterminée par la loi et contrôlée par une agence publique, concerne l'ensemble des contractants opérant en Algérie (Article 46) y compris les compagnies pétrolières étrangères qui participeront à  cette réduction au prorata de leur production.

Mesdames, Messieurs,

Concernant le programme général des réformes, le Ministère de l'Energie et des Mines croit fermement en la nécessité d'une vision stratégique à  moyen et long termes et ne peut se confiner dans des analyses statiques qui ignorent ce qui se passe dans le monde.

De ce fait, la réussite des réformes engagées au niveau du secteur de l'Energie et des Mines est inséparable des actions des autres départements ministériels afin de limiter les contraintes de notre environnement économique et social. Ainsi une vision coordonnée des réformes devrait permettre au secteur de l'Energie et des Mines de mieux s'adapter à  tous ces bouleversements mondiaux, pour mieux préserver les intérêts de notre pays.

Mesdames, Messieurs,

Pour conclure je reviens à  ce que je disais au début de cet exposé à  propos de la nécessité de l'anticipation et de l'adaptation. Le problème posé est en fait celui du diagnostic et du traitement pratiqués au moment opportun.

Cette question qui concerne la pertinence et l'opportunité des décisions dans la direction des affaires publiques a été bien décrite au XVème siècle déjA par Machiavel dont je vous livre une citation extraite de son ouvrage, Le Prince :

" Le problème est que la tuberculose est facile à  soigner au début mais difficile à  déceler, tandis qu'avec le temps elle devient facile à  diagnostiquer mais difficile à  guérir car trop avancée. Il en va même pour les problèmes de l'Etat ; en les reconnaissant tout de suite -ce qui est donné seulement à  celui qui est prudent- les malheurs qui en résultent sont vite soignés. Mais si au contraire, pour avoir manqué de perspicacité, on les laisse prendre des proportions telles qu'on ne puisse plus les ignorer, il n'y a plus de remède possible ".

Faisons des vœux à  l'entrée de la Nouvelle Année qui s'annonce pour que les générations futures puissent nous rendre hommage pour les décisions que nous aurons prises à  temps gr ce à  notre vigilance et à  notre perspicacité.

Je vous remercie de votre attention.



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